Ils ont passé nos amendements dans la machine...
... Ils ont perdu leurs couleurs d’origine...
Mauvaise nouvelle : ce qui s’est passé au congrès du Parti socialiste du Mans, la vérité exige, hélas, de le dire, n’est bon ni pour les socialistes, ni pour la gauche : l’image qui était censée sortir de la « synthèse » improvisée, bâclée, incrédible, dans la nuit du 19 au 20 novembre, était censée être une image de « rassemblement », il paraît qu’elle comptait plus que tout, a dit Henri Emmanuelli, plus que les textes eux-mêmes. On ne peut qu’être pour l’unité. Mais ce qui sort comme image, dans toute la presse, c’est que le parti continue comme avant, autour de François Hollande. Ce n’est pas l’image du « rassemblement » des socialistes qui l’emporte, c’est la continuité de la direction… qui se prolonge comme avant. Ni le bilan du 21 avril 2002, ni celui du 29 mai 2005 ne sont tirés.
On n’a pas fait d’inventaire et on ne lance aucun message fort, clair disant qu’on va faire mieux. On devait clarifier, on y a renoncé.… Alors que les profits du capital n’ont jamais été aussi élevés, on ne dit même pas avec force qu’on veut les redistribuer. La France est au bord de l’explosion, ce parti a failli hésiter, avant, finalement de voter contre l’état d’urgence de Villepin-Sarkozy, les services publics sont démantelés, les cheminots acculés à la grève comme les traminots de Marseille, mais ça ne perçe pas au congrès…
Même pas une idée claire contre les licenciements abusifs et boursiers, même pas une idée claire sur la façon de reconstruire de vraies 35 h sans perte de salaire et avec embauches correspondantes, même pas une affirmation forte sur le retour à la retraite à 60 ans à taux plein, même pas un mot clair sur le retour à la santé gratuite pour toutes et tous, et même sur l’augmentation des salaires, le vague est là.
Avons-nous choisi entre le « socialisme d’accompagnement » et le « socialisme de transformation » ? Non, bien sûr.
Le Smic à 1500 euros… pour 2012 sans même préciser si c’est en brut, en net, à euro constant… 2012, dans 7 ans.
Nous allons détailler dans un prochain texte tous les amendements qui ont été intégrés et ceux qui ont été blanchis, désossés, essorés dans la machine à « synthétiser » : mais notez que la Banque centrale européenne reste « indépendante » mais sera « contrôlée », contradiction dans les termes pour ne pas en changer le statut réellement… Tout est à l’aune de cet exemple, et nous le démontrerons dans un deuxième texte détaillé…
Ne croyez pas ce qu’on vous dit déjà des « victoires » politiques engrangées dans le texte « synthétique », il n’y a rien de nouveau sous le soleil, l’équilibre du texte est banal, sans relief, ce qui devait être précis ne l’est pas ou plus, juste quelques tournures pour donner l’apparence de l’apparence du change.
Y croît qui veut.
Qui peut croire que le retour aux 35 h sera possible par une « négociation nationale interprofessionnelle » sans recours à la loi, et qui peut évoquer une loi sans dire ce qui la différenciera des deux lois de 1998 et 2000 sur les 35 h ?
En fait les amendements issus de la motion 5 ont été lessivés, moulinés, vidés de leur substance, de leur précision et leurs symboles politiques aussi bien sur les questions sociales que sur la question de la 6° République. Nous le démontrerons bientôt point par point pour ceux qui aiment, savent lire, et croient à l’importance ces textes, des idées, sincèrement comme arme supérieure de définition collective et démocratique d’une ligne politique. Les autres, « qui ne croient pas aux textes », doivent seulement expliquer pourquoi ils se livrent à la parodie qui consiste à les écrire, à les discuter et à les voter.
Henri Emmanuelli, nous a désespéré en disant, samedi 19 novembre, devant 1000 militants, qu’il n’avait pas lu, lui-même, les amendements (qui n’ont pas été travaillés ni défendus collectivement, que les délégués n’avaient même pas en main, même ceux qui les avaient écrit, auxquels ils étaient commandés, ont été écartés de la commission des résolutions et n’ont pu les défendre) et que ce n’était pas la question, car la question n’était pas leur contenu, mais l’exigence, et l’urgence du rassemblement : ainsi on passe du débat de fond politique sur le thème « notre candidat c’est le projet » au débat d’opportunité sur le thème « notre candidat c’est la synthèse ».
On n’a pas fait synthèse sur la politique mais sur une exigence surgie, apparemment dans les 72 dernières heures : il fallait impérativement « rassembler les socialistes ». Quelle découverte ! Qui pouvait être contre ? C’était évident ! Le fond était devenu subsidiaire. Le fond était devenu secondaire. Ce n’était pas un problème de fond.
Si l’urgence était de ne pas ou de ne plus débattre mais de « rassembler » on n’aurait pas pu s’en apercevoir plus tôt ?
Pourquoi au dernier moment, dans de telles conditions tellement théâtrales et si peu démocratiques, qu’elles ont choqué, sur place des centaines de militants de la motion 5 qui étaient blancs ou verts de rage, de désespoir, qui pleuraient sur place de cet énorme gâchis et de la façon quasi terroriste avec laquelle on leur imposait, au forceps, cette « synthèse » ?
Sans aucun doute, s’il pouvait y avoir eu un vote sincère, clair, plus de 80 % des délégués motion 5 étaient contre cette synthèse qu’on leur imposait. Alors les « chefs » n’ont pas hésité à mêler des méthodes de mises au pied du mur, de blocage des listes, de sélection des orateurs, de calcul du temps de parole à élastique, de menace individuelle et publique, comme dans le pire des syndicats bureaucratisés. Là, tout le « renouveau démocratique » tant prôné s’est éteint d’un seul coup. Noir, c’est noir. Ou plutôt gris, c’est gris. J’ai vu des gens qui étaient blêmes, qui réfrénaient leur colère, qui ne disaient plus rien, tellement l’air leur manquait pour exprimer leur indignation.
Je leur dis : ne quittez pas le parti, comme vous l’avez dit trop vite et trop nombreux à ce moment-là, tirez fruit de cette expérience, mémorisez-là, battez-vous ! Au contraire, faites des adhésions avant le 31 décembre...
Et bien sûr, pour imposer cette synthèse imprévue, tous les arguments les plus contradictoires les plus opportunistes, ont été utilisés, mais pas seulement : il y a eu des pratiques antidémocratiques, pour réduire au silence l’immense majorité des délégués de la motion 5. Nous reviendrons au-delà de cette première réaction à chaud, dans un autre texte détaillé sur toutes les pratiques, coups de forces, qui se sont succédés : rien à voir avec de « nouvelles pratiques » ni avec la rénovation, rien.
On nous a dit, tantôt, que nos électeurs se moquaient bien de nos textes, et du détail de nos amendements, mais alors à quoi servait de faire une motion, un congrès, des réunions, de voter ?
On nous a dit aussi, Vincent Peillon, que toutes nos positions avaient été reprises, et que c’était une « victoire », mais quiconque lira le texte, sérieusement sur le fond, ne pourra pas le croire une seconde. Et surtout quiconque verra que le texte est en retrait de nos textes majoritaires de 1996, et de bien d’autres textes adoptés « ordinaires » par notre parti depuis dix ans…
D’autres nous ont dit que « cela ne signifiait pas la fin des débats », qu’on « allait continuer »… Continuer quoi ? Nps ? Mais 80 % des militants étaient contre la synthèse, et si elle s’est imposée quand même, quel sens cela a ? Si on « continue », à quoi sert cette synthèse ? Inversement si la synthèse est un bon choix, pourquoi « continuer » Nps ?
On a tenté aussi de nous expliquer que si nous n’étions pas d’accord, « demain », on sortirait de cette synthèse : mais qui peut le croire, quand des orateurs commencent le soir même à la télévision (« Ripostes » sur la 5) à mimer l’accord, qu’ils disent pouvoir remettre en cause demain : à quoi sert ce yoyo ?
Qui croit qu’à l’approche de la présidentielle, dans 6 mois, un an, il y aura possibilité de se dire en désaccord avec quoi que ce soit, les appels à l’unité et au silence dans les rangs, se feront de plus en plus pressants, il n’y aura plus de débat : le congrès du Mans était la dernière station-service avant le désert pour les idées et maintenant tout va se jouer entre « présidentiables concurrents ».
On entend, toujours, sur « Ripostes » Elisabeth Guigou faire une autocritique rare dans sa bouche, sur le fait que dans la deuxième partie du gouvernement Jospin, on n’avait pas compris l’importance de la question des salaires : mais de qui se moque t elle ? Dans la commission des résolutions du congrès de Grenoble, en décembre 2000, je défendais, un amendement sur l’importance de la hausse des salaires, du Smic, on en a débattu pendant une heure et demie, et c’est Elisabeth Guigou qui l’a refusé, en affirmant que ce n’était pas le parti qui allait lui dicter, à elle, ministre, ce qu’elle devait faire. Nous n’avions pas fait la synthèse à Grenoble à cause, de cela et pourtant ce jour-là, alors que nous étions au gouvernement et au dernier congrès avant la présidentielle ! Nous étions sortis du congrès avec nos désaccords initiaux, au moins c’était clair. Et cela nous donne autorité pour rappeler cela à Elisabeth Guigou lorsqu’elle intervient ainsi ce dimanche 20 novembre à « Ripostes ».
D’autres susurrent : « il y a des accords secrets, à la fin, vous allez voir, la direction tourne », ça y est, « on » gagne, paraît-il… mais est-ce comme cela qu’on peut gagner, y a t il un rapport entre la fin poursuivie et les moyens utilisés ? Où disparaît dans ce tour de passe-passe, l’exigence démocratique comme méthode constructrice du renouveau ?
On notera que les mêmes défenseurs de la synthèse ont à la fois dit que le contenu n’était pas important, et que nous avions gagné sur le contenu…
On nous a dit encore qu’il n’y avait pas eu de synthèse depuis plus de 20 ans : serait-ce à dire que dans les 20 dernières années, aucune situation n’avait été aussi exigeante que celle d’aujourd’hui pour contraindre à la « synthèse » ?
Nous avons gagné les élections en 1997 sans synthèse. Nous avons perdu les élections de 2002 sans synthèse. Nous avons gagné les élections de Mars et Juin 2004 sans synthèse. Le parti fonctionnait et pouvait fort bien fonctionner sans ce faux arrangement de façade nocturne précipité. Pourquoi n’aurait-on pas poursuivi l’exercice de débat et de vérité, tout en prenant nos responsabilités pour combattre frontalement et gagner contre la droite ? Il suffisait d’organiser la vie du parti, en tenant compte de la proportionnelle, de la diversité de ses sensibilités, avec un souci d’inclusivité dans sa direction et à tous les niveaux entre toutes nos composantes. Dans tous les cas c’était à la direction d’organiser la vie du parti en tenant compte du vote des militants.
Si c’était possible depuis 20 ans de vivre sans synthèse, sans artifice de cette sorte, aucun élément nouveau plus sérieux n’imposait une telle « synthèse » au Mans, précisément à ce congrès…
D’autant que le scepticisme des médias comme celui de nos militants, de nos sympathisants, de nos électeurs va frontalement contre cette synthèse incrédible… Ils savent, eux, qu’il faut que le Ps change vraiment et ne fasse pas semblant…
Il n’y a pas eu synthèse au congrès de Brest ou François Hollande avait 83 % des voix, ni à Grenoble ou il avait 74 % des voix, ni à Dijon ou il avait 63 % des voix, pourquoi faire synthèse lorsqu’il a 53 % des voix et que l’opposition interne de gauche n’a jamais été aussi forte ? Pourquoi brader là, soudainement, tous nos combats, notre unité, notre force collective, notre rassemblement promoteur du changement et seul capable de construire une « majorité alternative ancrée à gauche « ?
A Fouras, fin août, le Nps a voté pour une « majorité alternative ancrée à gauche », et à Périgueux, le 11 septembre, « Alternative socialiste » a voté la fusion avec le Nps. Cette fusion s’est faite, permettant d’obtenir 25 % des voix, autant que les mêmes forces (Nps, Nm, Fm) avaient obtenu sur le « non » le 1er décembre 2004, et permettant d’être la deuxième motion dans le parti le 9 novembre 2005. Notre influence grandissait dans le parti et seule notre force collective permettait de garantir le progrès de nos idées.
Pourquoi cette volte-face ? Nous étions ascendants pourquoi nous diviser ? Nos idées progressaient, pourquoi les brader ? Croit-on qu’on va mieux les défendre, nos idées, que ce soit sur le plan social ou sur la 6° République, grâce à cette « synthèse » ? Mais alors, la méthode qui consistait à construire un courant et une motion en vue du congrès du Mans, n’était pas la bonne… De dehors, surtout depuis le 29 mai, nous étions lisibles, point de repère et d’espoir, on en a entendu des militants syndicaux, le 4 octobre, dans les cortèges, qui nous disaient : « tenez bon, gagnez dans ce parti, on compte sur vous ». Lorsque le vote du 9 novembre a été rendu public, nombreuses étaient les réactions extérieures à gauche, dans les associations, les syndicats, certaines de déception, mais surtout de soutien : « vous avez presque la majorité, vous tenez le bon bout » : comment expliquer que nous rentrons du Mans avec une «synthèse» essorée et une direction reconduite ?
On est arrivé au congrès “avec le projet comme candidat”, on en repart avec « la synthèse comme candidat ».
Nos électeurs ont déchiffré le projet de constitution ultra-libérale européenne, ne nous trompons pas, ils vont savoir déchiffrer, derrière les faux-semblants, le sens de cette « synthèse ».
Les militants socialistes, jeunes, syndicalistes, vont aussi, rapidement examiner les textes et se faire une opinion. Le bilan de ce congrès va apparaître vite. Ainsi que les désaccords entre présidentiables… D’ors et déjà, nous sommes assez nombreux parmi ceux qui ont été les acteurs et les résistants dans toute cette bataille, à estimer que rien n’est perdu, la majorité des 25 000 votants de la motion 5 n’ont pas voté pour cela.
Nous avons su gagner la gauche et la majorité des socialistes au « non » du 29 mai, nous avons appris à résister, à pire pression que cela, nous ne sommes pas intimidés, ni découragés, nous consulterons, comme nous avons déjà commencé à le faire à la fin de ce congrès, nous avons expérimenté en pratique ce qui s’est passé ces dix dernières années, et nous tiendrons réunion avec tous ceux qui veulent tirer le bilan, réfléchir et continuer pour de bon, sur le fond, à agir collectivement pour ancrer à gauche ce parti et rendre un service indispensable à l’unité de toute la gauche sur un vrai programme d’alternative socialiste.
Nous sommes pour un « projet socialiste » de transformation sociale, et pour l’organisation de primaires pour un candidat unique de la gauche sur un programme commun de gouvernement si possible dés le premier tour. Pour battre la droite, en 2006-2007, il faut avoir un programme clair, pas une confusion de façade, pas une synthèse à laquelle personne ne croit.
Nous respecterons, nous, la démocratie militante, l’élaboration collective, nous rassemblerons une gauche du parti socialiste capable de ne pas se laisser emporter par des tsunamis synthétiques, capable de tenir bon dans l’intérêt des salariés, du socialisme, de toute la gauche, capable d’être à la fois loyale et efficace.
On ne voit aucune raison de baisser les bras. Ce qui s’est passé au Mans est révélateur mais pas destructeur. Les militants ont vu et compris. La réflexion va faire son chemin. Il y a des milliers de socialistes adhérents qui vont réfléchir. Les salariés, la gauche attendent qu’ils continuent et rassemblent le maximum de socialistes pour poursuivre le combat. Les leçons du 21 avril et du 29 mai doivent être tirées, elles le seront, en dépit de tous les arrangements de façade.
Nous indiquons à tous ceux qui voudraient, de ce point de vue, participer à ce bilan du congrès, que nous envisageons la date du 17 décembre à Paris, un samedi, pour nous réunir. D’autres infos, éléments de bilan, puis propositions d’action pour sauver et reconstruire une véritable gauche socialiste suivront.
Gérard Filoche (D&S)
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