Honteux d'avouer leurs péchés, les promoteurs du « oui » de tout bord tentent, contre vents et marées, de montrer que le traité constitutionnel n'est pas un traité libéral ! Ils brandissent notamment à cet effet larticle I-3-3 : « L'Union oeuvre pour le développement durable de l'Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix, une économie sociale de marche hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social et un niveau élevé de protection et damélioration de la qualité de lenvironnement. »
Cette phrase est à première vue progressiste. Décortiquée, elle transpire de la nouvelle pensée unique, celle qui veut appuyer la marche du néo-libéralisme sur des béquilles morales et éthiques.
La stabilité des prix est devenue une obsession depuis lépisode inflationniste des années 70. Les salaires et la protection sociale des travailleurs, mordant sur la part du gâteau revendiquée par les actionnaires, avaient alors si bien progressé que la hausse des prix fut la réponse immédiate trouvée par les entreprises pour préserver les profits, en vain. Elles ont depuis bénéficié de la baisse des salaires. Linflation avait fini par miner le patrimoine même des épargnants. Contrairement à ce quil fut dit, elle nétait pas le symbole de la faillite du keynésianisme mais la réponse des capitalistes à leuthanasie du rentier, trop bien pratiquée par les politiques keynésiennes ! Linflation nétait donc aucunement dorigine monétaire, contrairement à la thèse monétariste en vertu de laquelle, dans le traité constitutionnel, son contrôle est confié à une Banque centrale indépendante. Ce principe est en vérité lalibi de la restriction de la création monétaire, présumée néfaste, surtout pour financer des investissements publics supposés fausser la concurrence. Cest pourquoi la partie III encadre strictement le maniement des instruments budgétaire et monétaire en constitutionnalisant le pacte de stabilité et les missions de la BCE. La politique suicidaire de la BCE entretient malheureusement un « euro fort » qui pénalise lEurope. Les entreprises sont poussées à baisser les salaires et à délocaliser. Le pouvoir dachat baisse et le chômage explose. Le traité organise en outre de vastes transferts de droits de propriété au détriment des entreprises publiques qui, asphyxiées par linterdiction des aides de lEtat, seront contraintes « douvrir leur capital » pour lever des fonds propres.
Dans ce monde néo-libéral, l'utopie de l'article I-3-3 revient alors à prier les actionnaires et les fonds de pension de pratiquer le « commerce équitable » ou le « développement durable » grâce à une économie sociale de marché, hautement compétitive... comme chez Nike ! Outre que la foi en une « économie sociale de marché » est parfaitement partagée par la charité libérale et par la branche sociale-chrétienne, le principe dune économie « hautement compétitive » est au plus haut point ambigu. Le terme même de licenciement pour motif de compétitivité fit lobjet dun vif débat avec les syndicats lors de la préparation de la loi sur les restructurations du gouvernement Raffarin parce quil présageait de linscription dans la loi des licenciements boursiers, accompagnant des délocalisations qui se multiplient.
Enfin, pour les promoteurs du « oui de gauche», lobjectif de plein emploi, qui se distingue celui « droit au travail », parachèverait le caractère progressiste du traité ! Or noublions jamais que, pour les économistes libéraux, léconomie mue par la concurrence non-faussée est toujours en plein-emploi, même avec trois millions de chômeurs en France et cinq millions en Allemagne ! Pour les libéraux, le plein-emploi correspond à la situation déquilibre de léconomie où le chômage est de nature volontaire. Le chômage serait en toute circonstance choisi par les travailleurs, préférant le « loisir », dès lors quils peuvent « profiter » des allocations chômage. Cest dans ce sens quil faut comprendre la notion de « droit de travailler », complémentaire, dans lesprit libéral du traité, de celle de « droit au chômage volontaire » ! Cette grille de lecture, adoptée pour définir la stratégie pour lemploi de Lisbonne, invite déjà les pays de lUnion à accroître le « taux demploi » des chômeurs suspectés de profiter des allocations chômage et de refuser les emplois à bas salaires. Elle sincarne dans certains plans de cohésion sociale en France et en Allemagne par la réduction de la durée dindemnisation du chômage, assortie de menaces de sanctions des chômeurs Les chemins de lenfer libéral sont décidément toujours pavés de bonnes intentions sociales.
Politis, 28 avril 2005
L'auteur est animateur des collectifs pour le NonSocialiste, auteur de Refermons la parenthèse libérale !, éd. La Dispute
Pour répondre au malaise qui s’est exprimé le 29 mai dans les urnes, le gouvernement entendait renouer avec le « patriotisme économique » pour soutenir une « croissance sociale ». Il risque pourtant de ternir l’un des emblème du lien social républicain par une réforme de l’Impôt sur le Revenu qui anoblit les privilèges des nouveaux rentiers. Emblème de la rupture avec le régime censitaire, l’Impôt sur le Revenu est un attribut essentiel de la citoyenneté par lequel le financement de la politique publique, adoptée par le suffrage universel, est assuré par chacun en fonction de sa faculté contributive.
L'Unedic indemnise moins d'un chômeur sur deux, à en moyenne moins de 600 euros par mois, alors que les salariés cotisent pour prévenir du risque chômage qui intervient de plus en plus souvent dans une vie aujourd'hui. Personne ne choisit d'être au chômage malgré ce que véhicule les tenants des différents pouvoirs et qui s'appuient sur la réelle souffrance qu'il y a trop souvent à avoir un emploi, surexploité et mal payé. Chaque chômeur doit être correctement indemnisé, sur la base du SMIC, ce qui ne pourrait que servir l'augmentation des salaires et résister à la précarisation généralisée de l'ensemble de la société.
Qui regretterait le consensus, à gauche, pour que EDF "conserve" son statut de service public. Cependant plutôt que "conserver" mieux vaudrait exiger que EDF "retrouve" son statut public. En effet il y a déjà bien longtemps que EDF agit dans en Europe et dans le Monde comme une entreprise privée particulièrement prédatrice.
Fier de notre NON !
boule de neige qu'on dise oui ??? t'as un train de retard.
Nous avons dit non ! Tu le sais maintenant, il y a des m(#(#Ã#)©#)dias dans ton coin. Mais les croit pas s'il te dise que c'est par égoïsme, vue étroite.
Non ce sont les classes laissées pour compte qui ont dit non. Et nous avons nos "élites".....mot tant décrié durant la campagne.
Elles se trouvent dans Attac, Copernic, les Amis du Monde Diplomatique, le Parti Socialiste (he oui yen a !) ou nulle part. ET ceux-là ne sont que Généreux (il y a même un qui justement porte bien ce nom).
Nous en avons assez des pauvres qui augmentent dans toute l'Europe (y compris chez les nouveaux arrivants), des chômeurs, des recul sociaux de toutes sortes.
Nous voudrions que les acquis sociaux de l'Europe de l'Ouest arrêtent de reculer. Et que l'Europe de l'Est puisse en bénéficier plutôt que d'avoir le choix entre dumping social et fiscal, puisqu'aucun budget ne leur est prévu, à contrario de ce qui a été fait pour l'Espagne, le Portugal et la Grèce.
Annie Stasse - 01.06.05 à 03:33 - # - Répondre -